Amériques

mardi 26 juin 2018

A tous les amateurs de grimpe, varappe, amoureux des grands espaces : la vallée du Tsaranoro

Notre vedette pour ses 6 ans


3 jours de bonheur dans ce lieu idyllique, pour fêter l’anniversaire de Joshua, ces 6 ans, déconnexion bienfaitrice du travail…



Après une vraie organisation à la malgache (= de dernière minute !), nous nous sommes décidés pour couper 3 jours du quotidien et s’octroyer détente, rando, temps de qualité en famille et nature !


Mes premiers 120m en falaise, initiation pour Joshua et Noé

Nous réalisons une nouvelle chose ces derniers jours, que ce qui nous pèse au quotidien actuellement est le fait de ne pouvoir « décrocher du travail ».


Falaises du Tsaranoro, mondialement connues
Ici, pas de séparation de l’église et de l’état ; il semblerait qu’il n’y ait pas non plus de séparation du privé et du social / professionnel. Or, nous vivons dans l’enceinte du dispensaire !

Par ailleurs, nous avons fait le choix, sans en mesurer les conséquences il y a quelques mois, d’ouvrir le dispensaire 24h/24h et 7j/7j ainsi que le restaurant des bébés du lundi au samedi ; nous ne regrettons pas car l'affluence est là. 




Qu’est ce que cela veut dire pour nous ? Si nous sommes présents chez nous : interruptions diverses et variées dans notre vie privée, jours/ nuits…et week-end !

Ayant pris conscience de cela, nous réfléchissons à des solutions pour  tenir dans la durée et des week-end comme celui-ci en fait partie !


ps : un petit clin d'œil aux amateurs d'escalade(Clem, Flo, Lyly, Tom…). Je venais de lire il y a quelques mois, À la verticale de soi, que ma sœur m'avait offert, livre de Stéphanie Bodet, grande grande grimpeuse. Livre que je dégustais en Espagne devant les autres célèbres falaises mondialement reconnues de Los Riglos. C'est avec Arnaud Petit que je discutais au Tsarasoa (notre campement "Permalodge" , magnifique dans la vallée du Tsaranoro); son mari, grimpeur mondialement connu aussi ! Par pur hasard et il repartait en France quelques heures plus tard ! 

mardi 19 juin 2018

Spéciale dédicace aux sages-femmes et nos chers gynécos

Tout d’abord, bonne nouvelle, notre période de crise aigüe semble passée !



Nous nous sentons mieux , un peu moins envie de rentrer en France et l’enthousiasme qui revient pour cette deuxième partie de mission qui commence : réfléchir uniquement (ou presque) en terme de pérennisation de nos activités. Se poser pour « faire avec eux » et non « pour eux » ; 

Soit : déléguer, réfléchir avec l'équipe aux dysfonctionnements, lors de nos réunions hebdomadaires par exemple, tester avec eux les propositions soulevées…C’est déjà ce que nous avions commencé de faire mais là, nous accentuons cette question. Avec l’affluence des patients qui arrivent depuis quelques semaines, c’est autant de nombreux nouveaux problèmes à résoudre et de questions  soulevées.



En parallèle, la fin de l’année scolaire approchant, nous commençons de penser aux vacances, aux premiers amis qui arrivent d’ici peu, aux anniversaires des enfants qui se rapprochent. C’est aussi un autre temps de notre mission car dès que les enfants seront en congés, le rythme de travail sera automatiquement différent. Nouvelle organisation à créer !
ça promet !

Bon, j’en viens à ma dédicace de ce soir : nous révisons chaque page du traité d’obstétrique ici.

Pendant que notre chef bien aimé, Alias Alain pour ne pas le citer, s’en va fêter sa retraite ce soir !

Alors, écoute, tes élèves ne s’en sont pas mal sortis, d’un siège complet, dos postérieur, relèvement des bras et rétention de tête dernière. Pour notre chance, il ne pesait que 2800g  et nous étions tous les deux Jean-Philippe et moi de garde (car les 2 autres sages-femmes avaient fait un sacré nombres d’heures cette semaine-là ; mais ça, c’est une autre histoire).

Quant à aujourd’hui, jour officielle de la fête de ta retraite, c’est une hémorragie cataclysmique de 2,3 L en moins de 30 min! Beaucoup de peur, et d’efficacité aussi !

Elle est vivante, souriante et l’hémorragie semble (enfin, on croise quand même encore les doigts), endiguée ! Tous les conseils, conduites à tenir et protocoles de nos amis de la mat de Thonon, sages-femmes et gynéco étaient avec nous. 

Merci à tous !









jeudi 7 juin 2018

Au creux de la vague


Voici la courbe du volontaire.
Le cercle vert montre là où nous en sommes.
Notre moral en a pris un sacré coup cette semaine.
Lors de notre formation avec la DCC, on nous avait présenté ce schéma. Et ça y est nous y sommes (même si on avait le secret espoir qu’à nous, cela ne nous arriverait pas) comme tous les volontaires.
Nous avons eu une vive altercation avec une grosse partie de l’équipe.
En quelques mots, ils nous reprochaient la création du nouveau projet que Manuela et Claudine avaient débuté sur un Programme de Nutrition Supplémentaire pour les enfants dénutris. Projet que nous financions, grâce aux dons que Claudine a reçus. Pour eux, « les pauvres » ne payaient pas assez, cela ne rapportait pas suffisamment au dispensaire. Ils préféraient qu’on paye leurs salaires plutôt que de faire un autre nouveau projet…. Cela ne coutait pas un centime au dispensaire, il n’y avait pour eux que des rentrées d’argent. Tout le matériel, la nourriture (Koba Aina) et l’animatrice étaient payés sur les fonds de Claudine avec plusieurs mois de fonctionnement d’avance.
De plus, ils pensaient que nous prenions dans la caisse du dispensaire pour financer en partie cela, ce qui n’est pas le cas !
Je leur ai alors présenté ce que nous avions déjà financé pour le dispensaire en médicaments, rénovation, achat de matériel, salaires et même arriérés de salaires.
Ils m’ont demandé d’assurer leur salaire à la fin du mois pour qu’ils trouvent de la motivation dans les projets que nous proposons.
Je leur ai répondu qu’en tant que volontaire, je ne suis pas venu pour payer leur salaire et que je ne pouvais rien promettre ne sachant pas le nombre de patients qui consulteraient. Depuis, plusieurs mois, nous travaillons à cela. 
Je leur ai fait également remarquer que depuis notre arrivée, ils étaient tous payés intégralement et qu’ils avaient reçu un double salaire pour Pâques ! J’ai ressenti beaucoup d’ingratitude !
L’envie de faire ses valises et rentrer était bien réelle cette semaine.
 Bref ! Nous allons remonter progressivement la pente.
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Heureusement, Claudine est là. Rappelons que Claudine est le médecin qui nous a rejoint pour un mois. Elle nous remonte le moral, nous apporte une bouffée d’air même si elle partage le même constat.
Que s’est-il passé ce mois-ci ?
Manuela avait préparé la venue de Claudine et dès le lendemain de son arrivée, toute l’équipe se formait aux questions de malnutrition et à la préparation de la Koba Aina (avec l’ONG GRET).
C’est une poudre constituée de plusieurs aliments (maïs, arachide, riz, fer, iode et 13 vitamines)  qui permet une fois reconstituée en bouillie, d’assurer tous les apports nécessaires à un bon développement staturo-pondéral des enfants dénutris. En un mois seulement de traitement, on voit déjà une poussée de croissance. C’est notre premier projet qui est de l’ordre de la prévention. Et dans ce pays, c’est plus que nécessaire. Cela répond à une vraie demande car dès le deuxième jour, nous avions déjà 13 enfants ! Et depuis, tous les jours, une dizaine de personnes dans la cour attendent. Cela crée de la vie dans ce dispensaire. Le bouche à oreille marche bien et cela a pour conséquence d’augmenter la fréquentabilité du centre.
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Autre projet : le financement par AMM de l’incinérateur pour pouvoir brûler, comme l’exige la loi, nos déchets de santé. Il est terminé et fonctionne à merveille. C’est vraiment un plus dans la rigueur dont le dispensaire a besoin. Nous adressons un immense MERCI à AMM. Merci également à Vincent Pirritano qui a piloté à distance le projet et à éviter des erreurs dans la construction.
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Nous avons passé une annonce sur la radio catholique pour le dispensaire pendant deux semaines. Nous y faisons la « publicité » de tout ce que nous proposons au dispensaire, ses horaires d’ouverture ainsi que ses nouveaux projets.
Nous nous sommes renseignés à la mairie pour l’installation de panneaux signalétiques et nous allons en installer à deux endroits stratégiques de la ville.
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Une de nos deux préparatrices en pharmacie s’en va, Basilisse, présente ici depuis la construction du dispensaire ; elle a réussi son concours d’entrée dans la fonction publique administrative.

Une des deux nouvelles sages-femmes voit son contrat en période d’essai arriver à terme et va pouvoir se reposer pour accoucher un mois plus tard, en juillet…
Il faut donc réfléchir à une nouvelle façon de procéder pour continuer d’ouvrir tous les jours et toutes les nuits tout en respectant le code du travail malgache. J'ai rencontré d’ailleurs le RH du CERES ce lundi pour qu’il m’aide à ce sujet.

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Enfin, je souhaite envoyer les deux sages-femmes restantes, se former aux techniques de laboratoire pour que cela ne repose pas que sur moi. Elles sont d’ailleurs très motivées pour apprendre. Les plannings ne sont donc pas simples à créer.
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Une bonne nouvelle est le nouveau partenariat mis en place avec les enfants du CERES dont nous vous avions parlé le mois dernier. Tout s’est très bien passé. Les jeunes, les professeurs qui les accompagnaient étaient ravis. Ils ont beaucoup apprécié les temps d’intervention sur les thèmes d’éducation affective et sexuelle que nous avons lancés la première fois et que les collègues sages-femmes ont ensuite repris.
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Côté ADSL, le projet est en cours, nous avons des familles intéressées et j’ai fourni les plans de repérage ainsi que les coordonnées de chacun à Telma. Ils doivent maintenant étudier la faisabilité par rapport au coût qu’ils engagent de leur côté (1/3 à leur charge). L’agent m’a expliqué que l’année dernière, il y avait déjà eu une demande qui a été refusée par Telma. Cela devrait prendre du temps désormais car il m’a confié que cela allait « trainer »…
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Ce mois-ci, tous les employés ont été payés malgré d’importantes factures de médicaments médicaux et dentaires. L’activité est importante. C’est pour nous encourageant.
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Nous allons dorénavant passé dans une deuxième phase de notre coopération, qui est celle de la pérennisation des projets en cours. Nous restons sceptiques quant à ce deuxième versant. Un des points de vue partagé par les autres coopérants vivant dans la même ville que nous est que si un vasaha n’est pas à la tête d’un projet pour le diriger, les projets finissent par capoter… Et c’est un constat amer. Je ne pensais pas un jour penser cela.
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Le directeur ayant été encore absent pendant plus de deux semaines, nous avons à nouveau « tout » géré au dispensaire…
Il est également le responsable de sa communauté de capucins et depuis une semaine l’économe car ce dernier s’en est allé à Tana (voulant fuir la trop grande responsabilité qui lui incombait dans sa communauté)… Autant vous dire que sa présence se fait rare et qu’il a grand besoin d’aide, ce que nous assurons avec Manuela pour le moment, mais après ? 
Nous avons cherché de l’aide du côté du Centre de Santé Diocésain dont nous dépendons mais sans grand succès. Nous cherchons encore.
Nous allons dresser une liste de ce que nous faisons au quotidien, afin de dresser un profil le plus juste possible d’une personne qui pourrait prendre notre suite.
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 Une autre très bonne nouvelle est la réception hier soir de notre échographe au dispensaire !!!
Nous vous adressons encore un grand merci : l’équipe est aussi enchantée que nous !
Pendant le transport, il a été endommagé sur sa coque mais tout fonctionne à merveille.
Pendant le premier mois, nous allons faire un prix attractif pour les échos anténatales puis ensuite un coût moindre par rapport à d’autres endroits en ville, histoire encore d’augmenter l’activité. Je formerai ensuite les sages-femmes à son utilisation et nous le louerons à des spécialistes qui ont besoin d’un doppler.
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Lors de cette crise le père Cyrille a reconnu une part de responsabilité dans le manque de communication et s’est engagé à mieux le faire. Les réunions hebdomadaires que nous avons initiées il y a quelques semaines permettent désormais à l’équipe d’être au courant, de s’approprier les projets, d’exposer leurs idées et de remonter les appréhensions ou ce qui ne va pas.
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Manuela dont sa qualité à créer du lien n’est plus à démontrer pour ceux qui la connaissent a organisé un repas d’équipe lors d’un midi où toute l’équipe était conviée. Elle nous a cuisiné de formidables lasagnes.
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Depuis quelques temps, nous rencontrons des familles démunies n’ayant pas d’argent pour se soigner. Pour ces familles les soins sont gratuits et les médicaments à la charge du dispensaire. En contre partie, Manuela a proposé (afin de ne pas être dans l’assistanat) de rendre un service en échange. Et cela fonctionne bien. Ils viennent quelques heures pour travailler (nettoyage de fond du dispensaire, jardinage, entretien,…). Cela semble convenir à tout le monde.
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La fête des 10 ans approche à grand pas (le 9 juin). Ils semblent commencer à s’y préparer. Tout se fait dans les dernières 48h ici : c’est bien déboussolant pour nous français ! Ce sera une porte ouverte pour que la population (re)découvre le dispensaire et ses équipements de qualité. Il y aura des stands de nourriture, de boisson, de jeux, de la musique, etc. Le 8 juin, nous proposerons 10 circoncisions gratuites aux personnes les plus démunies et la consultation dentaire sera gratuite.
 Enfin, il y aura une quarantaire de personnes qui seront invitées à un repas.

Comme vous pouvez le lire, nous ne nous ennuyons toujours pas et malgré le moral en berne, la mission reste passionnante car nous rencontrons énormément de personnes intéressantes et les projets que nous menons nous animent parce qu’ils sont orientés vers les plus pauvres.

lundi 28 mai 2018

La tempête apaisée...


La fin du mois suscite chez moi une envie de relecture, nécessaire et salutaire, je dirais presque.

Le besoin de faire un point sur ce que je vis, ce que nous vivons après 5 mois passés ici.

Nous sommes face à des situations répétées de personnes résignées ou passives, des gens qui attendent que nous fassions pour eux, comme si c’était normal. Face à cela, nous oscillons donc avec de fortes envies de rentrer, des sentiments de révolte de ne pas voir le peuple malgache se soulever par lui-même, prendre des initiatives, prendre en main leur pays.

Avec une partie de l'équipe devant notre bel incinérateur, financé par AMM : Merci !


Là, j’avoue que c’est notre foi qui nous fait tenir, qui nous redonne l’espérance au quotidien pour apprécier, entreprendre, agir et chercher des solutions avec eux !
Lasagnes-party pour essayer d'instaurer plus de convivialité dans notre équipe


Grosse remise en cause de ma part en me disant que nous n’avons peut-être pas su susciter la coopération dans notre équipe, que nous n’avons peut-être pas réussi, ne serait ce qu’un peu, à « faire avec » mais « faire pour », malgré nos efforts. Moi qui aime tant ce « faire avec », le constat est rude. Constat non figé non plus car nous pouvons encore essayer de travailler ensemble pour le dispensaire.

Début de notre projet d'Hotelyn Zaza avec Claudine : déjà du succès après 3 jours !
Ils sont trop mignons ces enfants !

Nous avons eu une réunion-crise la semaine dernière qui m’a valu des larmes (ça n’étonnera pas non plus ceux qui me connaissent !), une grande tristesse et de la colère devant des frustrations de l’équipe qu’ils nous ont exposés. Ils nous ont présenté leur angoisse de ne pas être payés à la fin du mois, l’incertitude de retomber dans la même situation qu’avant notre venue, une fois que nous serons partis ; leur incompréhension à nous voir dépenser pour des projets autour du dispensaire et de laisser entendre qu’il n’y aura peut-être pas assez à la fin de ce mois pour payer les salaires. Tout ceci, je l’entends fort bien. Cela doit être tellement insécurisant de ne pas savoir s’ils auront de l’argent ou non pour faire manger leurs enfants…Mais par ailleurs entendre que c’est à cause de toutes ces dépenses de notre part alors que nous n’avons jamais pris un centime dans la caisse du dispensaire, qu’il n’y a plus assez pour payer les salaires ou qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous ne payons pas les salaires, c’est juste inaudible pour nous !

S’en est suivie une longue présentation Power Point l’après-midi que Jean-Philippe avait réalisée, afin de leur présenter nos dépenses pour venir ici, notre appel aux dons, les dépenses que nous avions faites pour Padre Pio (dont les aides aux salaires et arriérés en plus du reste) et le fait que l’argent qui nous avait été confié était destiné à des projets pour que le dispensaire fonctionne et non à payer des salaires ! Après cette journée de crise, la tension semble redescendue mais cela peut être juste en apparence…Ici, les choses ne se disent pas forcément par devant !



Notre ressenti à Jean-Philippe et moi : nous sommes face à un vrai choc culturel, à des gens qui ont une pensée si différente de la nôtre, qu’il nous faudrait changer de structuration cérébrale pour les comprendre. Nous sommes face à des situations inconcevables pour nous, avec notre pensée, sans même « pouvoir tenter » de les comprendre tant cela dépasse notre entendement.

Un exemple : l’adaptabilité poussée au paroxysme de nos collègues ; une ampoule ne fonctionnait pas dans la salle de bains du dispensaire à l’étage. Il a fallu que Claudine (notre médecin bénévole actuellement avec nous) nous le signale puisqu’elle en était gênée pour se doucher! Personne, en 5 mois ne nous l’avait dit. De même qu’un évier bouché pendant 5 mois, rempli d’eau ne gênait personne. Des exemples comme celui-ci, nous en avons à la pelle !




Ces situations et notre vécu actuel me mettent en route sur de nombreuses réflexions, comme celles-ci : finalement, est ce possible de penser aux autres, à des actions « citoyennes » ou au bien commun lorsqu’on ne peut pas se vêtir, manger ou se loger et que l’on est en charge d’une famille?

Que veut dire, investir sur des projets de moyen ou de long terme, avec des objectifs d’efficacité, de stratégie de développement ? Cela a-t-il un sens pour ce peuple qui, pour beaucoup, travaillent le matin pour nourrir leurs enfants le midi et l’après-midi pour nourrir leurs enfants le soir ?



Par chance, nous avons entre les mains depuis 3 jours un livre qui vient éclairer nos lanternes et qui dans ce début de lecture nous aide à retrouver du sens à notre présence ici. Un livre de Stéphane Urfer, jésuite, enseignant, écrivain et éditeur, vivant à Madagascar depuis 1974, et reconnu comme l’un des analystes les plus pointus de la société malgache. Une belle rencontre que nous faisons à travers ce livre intitulé : Madagascar, une culture en péril ?

Très à propos pour nos considérations actuelles.


mardi 15 mai 2018

J’étais sur la route toute la sainte journée…

Un petit post plus léger sur les routes de Madagascar.

Il y a tant à raconter qu’on ne sait par où commencer.

Tout d’abord, on ne parle pas en km à parcourir mais en nombre d’heures de voyage tant les routes sont abimées ou tout simplement absentes.

La plus grande route qui traverse en partie l’île, du nord au sud est la fameuse RN7.

On peut s’attendre à une route correcte mais non, vous roulez tranquillement à 70 km/h ce qui n’est déjà pas si fréquent et au détour d’un virage vous pilez pour éviter un trou, que dis-je une crevasse de 2 mètres de profondeur, ou un éboulis.


Cette fameuse route « grouille » de personnes marchant au bord sans qu’on sache réellement où ils vont car le prochain village est à des dizaines de km. Ils semblent perdus en pleine nature mais ce n’est pas le cas, ils n’ont tout simplement pas peur de marcher. D’ailleurs je vous mets au défi de trouver une personne obèse. J’ai du voir en quatre mois deux personnes en surpoids léger.

Et si ce n’est pas les montées, les trous, les éboulis qui vous freinent alors ce sont les troupeaux de zébus qui vont vous faire rouler au pas, ou de canards, ou de chiens errants. Normal sur la RN7!

Sur cette route, vous pouvez aussi vous retrouver tout d’un coup sur une portion en terre, voire être déviés sur une piste pour contourner un pont qui s’est écroulé vers un autre construit à la hâte.

Quand on est en ville, c’est une toute autre histoire. Il nous faut nous frayer un chemin entre les personnes qui marchent au milieu de la route (normal !), les taxis qui s’arrêtent au milieu de la route pour laisser descendre quelqu’un (normal !) et les baramba sur lesquels ils entassent plusieurs tonnes de marchandises qu’ils poussent à plusieurs avec leur tête en montée et en plein cagnard.




Et ne croyez pas vous défouler sur le klaxon quand vous pilez derrière un taxi qui s’arrête sans prévenir car cet instrument sert à dire merci. En effet quand vous laissez passer quelqu’un, celui-ci vous remercie à votre hauteur par un coup de klaxon. Ce dernier sert aussi à avertir les personnes marchant au milieu de la route que vous arrivez. C’est marrant de les voir alors faire un saut de cabris sur le côté.

Les priorités sont à gauche et non à droite. Il n’y a quasiment pas de rond point et ce ne sont qu’un poteau au centre qui les matérialise.  Les feux tricolores, je n'en ai jamais vus !

Il y a parfois quelques policiers à des carrefours encombrés qui font la circulation en sifflant à longueur de journée et en de désarticulant. C’est plus rigolo à voir que réellement efficace !

Enfin, il faut être prêt à vous serrer ou monter sur les trottoirs devant les camions ou voitures qui déboitent devant votre nez car une voiture les gène. En France, si un obstacle nous gène nous cédons la place avant de passer sur notre gauche. Ici, il n’en est rien !

Sur les routes de Mada, hormis les personnes qui marchent dessus au lieu d’être sur les trottoirs,  on côtoie toutes sortes d’engins, de la baramba, en passant par le pousse-pousse à vélo ou à pied, ou encore le tuk-tuk motorisé, au taxi-brousse.

Un tuk-tuk. Vous trouvez ça flou. C'est normal, c'est Manue qui prend la photo.

D’ailleurs mieux vaut ne pas se retrouver derrières ses taxis-brousses très nombreux en ville qui sont vieux et polluants à un point tel qu’en montée, on ne voit plus la couleur du soleil.

A Mada c’est un comble !

dimanche 29 avril 2018

Des vacances pour les 5…sens !



Après une semaine de vacances sur la côte est, à Mananjary puis Manakara, nous avons découvert les villages de pêcheurs, leur pêche, leurs poissons frais succulents,
un rythme de vie qui semble moins aride que dans les terres betsileo, et toujours autant de couleurs et de sourires à admirer.


Plantations de vanille, girofle, poivre, café, baies roses… nous avons visité une plantation agro-touristique grâce à une jeune association de chrétiens, regroupés pour un développement commun et durable de leur pays. De la pépinière à l’assiette, nous avons suivi le chemin de vie de ces plantes si exotiques pour nous. Après une marche d’approche peu souhaité par notre progéniture, la dégustation de canne à sucre coupée devant nous et pour nous, a conquis les petits estomacs de nos bambins ravis.



Balade en pirogue le long du canal des Pangalanes, poissons, crevettes, crabes et langoustes grillés sur la plage avec notre guide Lewis, jeux dans le sable au bord de l’océan indien…Tempête et course des enfants sous la pluie : tout y est pour une vraie coupure de notre quotidien ! On se régale !





Après Mananjary, c’est à Manakara que nous avons passé 4 jours fabuleux de farniente avec baignades et grillades de poissons, achetés aux pêcheurs rentrants de la pêche.


Jusqu’à aujourd’hui où nous avons été sur une embouchure entre le canal des Pangalanes et l’océan, lieu extraordinaire où les lémuriens sont si apprivoisés qu’ils nous montaient sur les épaules : une expérience incroyable ! Crocodiles en captivité et tortues terrestres ont complété la visite.











jeudi 19 avril 2018

Sur les rotules mais contents !


Nous venons de passer ces 15 derniers jours à gérer le dispensaire entièrement, étant là comme les plus "anciens" du centre !
Après 3 mois ici, ça montre le tohu bohu du moment!
Le directeur était parti voir sa maman malade dans le Nord de l'île, Sœur Ernestine qui faisait l'accueil des patients et les encaissements, partie en retraite spirituelle à la Béatification de Lucien Botovasoa sur la côte est, malgache décédé en 1947; notre sage-femme toujours en congé mat, notre autre sage-femme bénévole, à Tana, notre femme de ménage remplaçante laissant la place à la titulaire avec qui nous faisons connaissance depuis et une de nos pharmaciennes en congé maladie durant 3 jours.

                       

Eh bien, nous n'avons pas chômé, d'autant que durant ces 15 jours, il y a eu une matinée consacrée aux 11 premières inscriptions à la Mutuelle avec le représentant, venu exprès au dispensaire pour faire signer les gens.
Une autre journée fut intense où plus de 70 patients sont venus pour une consultation ophtalmologique à moindre coût, organisée par un médecin de la ville; nous étions simplement prestataires mais cela nous a demandé un certain nombre d'organisations sur le tas.



ça,c'était la partie simple.
Petit rappel : nous accueillions également notre nouveau dentiste et notre nouveau médecin, cette même première semaine où nous étions seuls. Heureusement que nous avions nos deux nouvelles sages-femmes dynamiques et volontaires, embauchées 15 jours avant.
Lorsque le médecin a vu combien le dispensaire n'était pas à jour concernant la politique de santé publique, les recommandations, l'hygiène, etc (et qu'en tant que médecin travaillant ici, il en était le responsable; il s'est mis à voir rouge et à "booster" l'équipe, dans notre sens, pour que tout soit changé en un minimum de temps.)

Visite du Service du District de Santé Public à peu près tous les jours pour moi (à l'autre bout de la ville) afin de découvrir les services qu'il me restait à connaître : autour de la malnutrition, gestion des déchets, paludisme, vaccinations, médecin inspecteur, sage-femme...Quitte à traverser la ville, autant se faire connaître et tout remettre en ordre chez nous ! Je discutais, commandais des intrants de palu, créais des cahiers de tracabilité, de commande, des poubelles pour les déchets de soins...
J'ai l'impression d'efficacité en me lisant mais en fait sur les 4 jours où j'y suis allée : 1er jour : je suis arrivée trop tôt, à 8h 30, leurs services ouvrant à 8h, il n'y avait encore personne !Le 2e jour fut "efficace", le 3e jour, arrivée trop tard : à 15h quand le service ferme à 16h, il n'ya là non plus personne. Et le dernier jour où je viens comme ils m'ont dit, plutôt le matin, récupérer les tests de palu, arrivée à 11h30, il n'ya avait plus personne : normal, il ferme à 12h !
J'avoue qu'avec mon tempérament sanguin, difficile de rester calme. Quand l'adjoint technique me dit que c'est normal, que les fonctionnaires n'ont pas été augmentés cette année et donc qu'ils ne sont pas motivés, j'évite d'exploser de colère,  en riant et en lui disant que j'ai de la chance de le rencontrer, qu'il est donc motivé lui, puisque je le trouve ici à cette heure-ci !



Quant à Jean-Phi, il s'est lancé dans des devis et calculs pour la construction d'un incinérateur, avec un entrepreneur local. Achat de matériel, gestion des mails avec AMM et le CA...Gestion du personnel et de leurs récriminations, reprise des comptes quotidiennement, rédactions de multiples documents administratifs...

Grâce à l'inquiétude de notre médecin, nous avons du régler et mettre en place tout ceci en un temps record, inquiétude devenue nôtre, d'une inspection des services du district au vu de "nos" rapports mal remplis, de nos commandes erronées...Enfin, "nous", nous qui n'étions pas là à cette époque et qui essayons de réparer comme nous pouvons les pots cassés.


En parallèle, les femmes ont continué de venir accoucher : de un-deux par mois, nous en avons plutôt deux-trois par semaine, la nuit. ça tombe bien d'ailleurs car ce sont les seuls créneaux de temps qu'il nous restait !
Mon premier transfert au CHU devant une stagnation de la dilatation et tachycardie fœtale; emmenée par nos soins en pleine nuit, sans argent pour se faire opérer...
Puis 4 jours après, dimanche dernier, ma première hémorragie de la délivrance après un accouchement eutocique : j'ai appelé Jean-Phi pour qu'on soit à 6 mains pour gérer (avec la jeune sage-femme). Ma première Delivrance Artificielle/ Révision Utérine, sans anesthésie, sur rétraction du col. Elle avait déjà saigné 1L, moi pris 10 ans d'âge ! Le geste a suffi a stoppé net les saignements : nous avons poussé un "ouf de soulagement" avec Jp. Quelle joie ! Elle a sûrement eu horriblement mal mais elle va bien et son bébé aussi. Nous aussi !


Voilà, les jours continuent de se suivre sans se ressembler, la fatigue se fait bien sentir...mais demain soir, les enfants sont en vacances et nous partons au bord de l'océan Indien, à Mananjary et Manakara, pour une semaine. Nos premières vacances depuis notre arrivée, ça va nous faire du bien pour revenir frais et dispo (pas dit car au bord de la mer il fait chaud :))


mardi 3 avril 2018

Un nouveau cap




Cette semaine, je n’ai pas envie de vous raconter ce que nous « faisons » au travail, la newsletter d’AMM en ce début avril vous donnera de plus amples informations. J’ai plutôt envie de donner un peu de nos nouvelles, de notre état d’esprit actuel.

Nous passons un nouveau cap ici, je dirais depuis une dizaine de jours où l’enthousiasme laisse plutôt la place à une descente douce vers plus de réalisme du contexte de ce pays. La DCC nous avait bien prévenus qu’autour de 3 mois de vie sur place, les illusions laissaient la place à plus de réalisme et je crois que nous commençons cette période.

Première expérience de corruption dans les soins qui m’a mis un coup au moral sur ma vision du pays. C’est tellement différent de savoir que la corruption existe et d’y être confrontée. En quelques phrases, je vous explique : le petit Franco qu’AMM parraine (hydrocéphalie majeure, âgé d’un an) avait besoin de recevoir une valve de dérivation du LCR, qu’on attendait depuis 3 semaines, envoyée par un médecin qui pouvait nous la vendre en ne payant que les taxes douanières, et donc 5 fois moins chère que le prix du marché ; ce médecin devait m’envoyer la valve depuis Tana. Les jours passants, ne la recevant toujours pas malgré mes appels répétés, après 15 jours d’hospitalisation de l’enfant, un des neurochirurgiens du service me dit qu’il en a une dans son bureau ! Il n’aurait pas pu me le dire tout de suite ? Il me demande mon prix. Je lui explique les difficultés que je rencontre pour en avoir une mais que je devrais la recevoir dans les jours qui arrivent ; il est ennuyé et m’invente une date d’opération très prochaine pour que je lui achète la sienne au plus vite. Je ne suis pas dupe tout de même ! Il est vrai que je veux surtout que l’enfant soit opéré au plus vite vu l’urgence de la situation (urgence qu’il ne manque pas de me rappeler pour que j’augmente le prix d’achat de SA valve). Avoir du négocier ce genre de matériel, avec la pression qu’il m’a mise pour que j’achète SA valve ainsi que d’avoir du endurer les avances de ce médecin libidineux et ne recevant toujours pas la valve de Tana, je lui achetais donc la sienne, non de gaieté de cœur, vous avez compris.

Ce n’est qu’une expérience parmi d’autres que nous vivons en ce moment mais devoir monnayer lorsque la vie d’un enfant est en jeu est  bien difficile pour moi !


Je ne dirais pas du tout que la période que nous vivons est sombre malgré ces dernières lignes, c’est juste que nous découvrons aussi d’autres aspects de Madagascar, moins glorieux.

En parallèle, nous sentons que l’équipe nous fait de plus en plus confiance, nous rigolons ensemble pendant les repas, un début de complicité se met en place, c’est agréable. Nous commençons à être connus et reconnus dans ce que nous faisons.

Les projets avancent malgré les embûches, on travaille quand même moins tous les deux, depuis 10 jours que nous avons nos deux nouvelles sages-femmes embauchées. Une détente psychique non négligeable !


Je vous partage aussi une expérience qui m’a enthousiasmé il y a une semaine. J’ai demandé à un médecin volontaire depuis 6 ans ici, française, de la suivre une journée dans ses consultations. C’était passionnant ! Entre visites médicales des enfants aveugles qu’elle suit et connaît très bien, ses soins en aromathérapie avec les huiles essentielles, les visites à domicile auprès de personnes dans une "précarité sans nom", les séances de réflexologie plantaire et les enfants des rue accueillis dans un collège pour des journées d’alphabétisation, un régal pour ma curiosité d’apprentissage.
J’ai déjà acheté les huiles essentielles qui me manquaient pour commencer à proposer quelques remèdes aux patients, qui, pour la plupart ne connaissent pas du tout. Or, plusieurs huiles permettent de soigner des diarrhées aigües, des rhumes, des toux, des problèmes de cicatrisation qui sont la plupart de nos consultations. Selon moi, ce serait un premier pas vers des conseils de prévention…pour essayer de remédier au : « les antibiotiques, c’est automatique » ! Et Claire, ce même médecin serait également d’accord pour me former en réflexologie plantaire : je jubile et compte bien m’exercer, sur mes enfants tout d’abord !

                   







Quant au mois d’avril, il s’annonce avec « pas mal » de nouveautés : arrivée du nouveau médecin recruté cette semaine, poursuite de la passation/ formation des nouvelles sages-femmes, Egyptienne (notre sage-femme d’expérience) qui va probablement se retirer de notre activité ici, arrivée d’un nouveau dentiste la semaine prochaine également, et si c’est accepté par l’équipe, mise en place de notre nouveau projet pour le mois de juin : la fête des 10 ans d’existence du dispensaire !

                                                                                                                                

Quant à nos enfants, ils se portent toujours très bien. Pas de maladie, de plus en plus de copains, ilssentent aussi leurs parents « plus zen » et nous prenons le temps avec bonheur de goûter de menues joies du quotidien que je souhaitais vivre durant cette expérience de coopération en famille : séances de massages presque quotidiennes, livres audio (merci les Deschamp et les Chatelin) que nous écoutons en famille (en ce moment, les contes de la Rue Broca : mon régal quand j’étais petite !),un « plateau-télé » une soirée par semaine= un dessin animé regardé en famille…et même une séance de yoga pour les enfants faite tous les 5 dans le jardin (merci Lyly), avec plein de petits yeux d’enfants braqués sur nous de l’association « les enfants du soleil »,        nos voisins les plus proches !